• Tube de dentifrice

    Tours et mindsets de toujours
    Aux heures contemporaines
    Les stratégies de pouvoir en organisation
    Capitaliste
    De bienfaisance
    Ou Politique
    Plus que jamais valorisées
    Cette personne
    N’est pas une personne
    Si je fais cela
    Il se passe quoi
    Appuyons là
    Qu’est-ce qu’il en sortira ?
    Jouons jouons
    Même les nigauds
    Se plaisent à tromper
           – Malheureusement eux-mêmes,
           le plus souvent –
    Pour les plus agiles
    Parfois
    Un pigeon ou une dinde
    Bien grasse et prometteuse
    Ou affable
    Passe à portée de pince
    Alors alors
    Quel merveilleux
    Terrain de jeu

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Caravage, Les tricheurs, 1595, Kimbell Art Museum, via Wikipedia
  • Non Oui Non

    Résistances enfoncées
    Comme une bête dressée
    La personne exposée
    Est docile
    Soumise
    Aux sévices
    D’abrutis
    Et n’a pas tant
    Abdiqué
    Qu’elle n’a refoulé
    Les dommages
    Qui furent
    A son âme infligés
    Et toute sidérée
    Elle a vu effacée
    De son être plombé
    La belle intégrité
    Et physique et psychique
    La zone protégée
    On ne trouve plus en elle
    Ni envers ni avers
    D’en dedans de dehors
    Juste cette vaste plaine
    Désolée et étale
    D’un beau gris triste pale
    Que traversent insoucieuses
    Des bestioles chevauchées
    soulevant des nuées
    Du dessous de leurs pieds
    Et laissent des sillons
    Sur la longue surface
    Balafrant l’aire fragile
    C’est la faute à l’oubli
    Que l’on peut dire non
    Là point d’indignité
    Près la grève
    Flotte en elle
    Une robe froissée
    Déchirée et claquant
    Dans les courants du vent

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Jean Fautrier, Femme douce, 1946.
  • L’affreuse grosse baleine si belle

    Là bas le musée privé
    Le bâtiment
    En forme
    D’affreuse grosse baleine si belle
    Posée
    Près de son étang
    La Fondation
    Au milieu de la forêt d’émeraude
    Dans l’aire de chalandise
    De l’ultra-bourgeoisie
    Attraction fantastique
    Baraque aux malices
    Les arts
    Présentés
    En feu d’artifices magique
    Et pour jouir
    Du spectacle crépitant
    Les gueux font la queue
    Et entrent
    Dans les entrailles
    Bien disposées
    Salles d’exposition
    Où sont accrochés
    Des trésors de l’humanité
    Biens communs
    Uniques
    Non duplicables
    Mais privatisés
    Que consent à donner
    En spectacle
    Sa Haute-grâce académicienne
    Son clan et sa famille
    Dans un geste
    Où la condescendance
    Pourrait avoir laissé son empreinte
    Laissant les manants
    De tout le vaste monde
    Accéder
    Contre pièces sonnantes et trébuchantes
    Aux œuvres créées
    Par leurs aïeulles aïeux
    sœurs mères pères
    Ce legs des générations

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Vues d’artistes et le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton
  • Le désert ou la toile

    Sans confiance 
    Il n’y a que désert 
    Ceux qui y sont projetés 
    Sont maudits
    Condamnés
    Au sabotage
    Auto ou
    Prodigué
    À l’encontre d’autrui
    Et s’enivrent de gris-gris
    Materialisant la convention
    Sonnante et trébuchante
    La transaction
    Qui distrait du vertige

    Peu réchappent
    De la traversée
    Des vastes étendues
    Esseulées et arides
    Sans eau spirituelle

    Peu de choses existent
    En dehors de la constance
    Des liens
    Entre êtres humains 
    Ou des structures
    Qu’ils sécrètent

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Réseau de fils rouges, Installation de l’exposotion Chiharu Shiota,
    The Soul Trembles, au Grand Palais, 2025.
  • Du bourgeonnement à la mort du soleil

    L’idée torturante
    Longtemps incubée
    Donne
    Pour la première fois
    Sa pleine mesure,
    Bourgeonnant
    Dans des millions de cerveaux

    L’accablante conscience
    Des folles proportions de notre arrogance simplificatrice
    Aux jugements
    Posés sur le monde
    Comme un rot sur la plus
    Complexe
    Des symphonies
    Se fraie un chemin
    Laissant place à une clairvoyance
    Excessivement douloureuse
    Concomitement
    Embrassée
    Et refoulée

    La destruction accompagne une forme de pensée et d’être au monde

    Divine musique
    Tranchée en lamelles
    Par un réductionnisme endémique
    Hachoir aveugle
    Qui détruit mâche digère
    Pour constituer
    Les briques
    D’une maison commune
    Invivable
    D’être notre création

    Est ce qu’après nos générations il y aura encore des gens pour creuser le passé, découvrir nos traces et reconstituer nos vies, nous faire revivre, nous perpétuer dans une histoire

    Ou n’y aura-t-il que du sable et des pierres
    Comme sur Mars
    Et tout ce que nous avons fait, été, depuis les temps immémoriaux de la si ridiculement courte existence de l’humanité
    Nos artefacts
    Tout ne sera-t-il que pierres jointes à d’autres poussières
    Pour finir disparu quand s’effacera la terre avec la mort du soleil ?

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Mars, crédit : NASA/JPL – Caltech/ASU
  • Cocons hermétiques

    Rets

    Empaquetant

    Dans un cocon

    Étanche

    La rimbambelle

    Des héritiers

    Récipiendaires

    De statuts et de patrimoine

    Et des cooptés

    Qui ont su se

    Conformer

    Aux exigences

    De réseaux

    Articulant

    Lieux miroitants de possibles

    Et portes dérobées

    Ouvertes

    Sur de luxuriants

    Jardins et territoires

    Où se réunir

    Par affects et intérêts

    Ainsi sont créées

    Ou perpétuées

    Des rentes

          – Comme on respire

    Et l’on prend l’habitude

    Dans ces espaces

    Peu ouverts sur l’alter

    De se disculper et

    De s’apprécier en vase clos

    Pour faire grimper sa cote

    Et se décharger

    De la responsabilité

    De ses échecs

          Non comptabilisés

    Bulles

    Spéculatives

    Au fonctionnement si

    Merveilleusement fluide

          – En leur sein monte une symphonie

          Aux harmonies huilées

    Les petits pets

    Qui parfois lèsent

    La trajectoire

    De ces entregentés

    Sont généralement impuissants

    À faire partir

    Dans le décors

    Leurs véhicules

    Autoporteurs

    Aux rares embardées

    Ce ne sont que de

    Petits accrocs 

    Créés par le réel

    Rayant la carrosserie

    De leurs attelages blindés

    Tout de même

    Vulnérables à l’aiguille létale

    Des épiphanies aléatoires

    De foules puissantes

         De quoi faire exploser un monde

    En attendant

    Loin des liens qui libèrent,

    Les empires 

    De ces interconnectés

    Sont

    Aussi intégrés

    Que décorrélés

    De la vie

    Du vaste corps social

    Fragmenté

    Leur magistère

    Perdure aussi

    Par le choix

    De leurs parties prenantes

    D’épouser

    Ou disqualifier alternativement 

    Les tensions

    Saisissant

    Des  peuples déjà pris

    Dans les glaces

    Des contraintes journalières

    De surcroît entravés

    Par l’imposition

    De muselières ardentes

    Dont les maîtres chiens

          – Qui de tout temps ont opéré –

    Refoulent

    Jusqu’au souvenir

    Où sont

    Les fils

    Pendouillants

    Qu’il faudrait tirer

    Pour détricoter la gangue

    Et se donner du souffle ?

    Comment

    Crever 

    Ce sac amniotique

    D’où naissent

    Comme par mégarde

    Les monstres spectraux

    De la tyrannie et du fascisme

    Accouchés

    Entre des murs

    Omniprésents

    Montés jusqu’au ciel

    Par des ouvriers dévoyés

    Ou

    Oublieux de la maison commune ?

    Mais quelque part

    En des endroits du monde

    L’instant nu

    Se déploie

    Une paume de main tendue reçoit

    Donné par un semblable

    Très exactement ce dont elle a besoin

    Dans la simplicité de la relation humaine

    Son dépouillement

    Qui seul sauve

    ©️ Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

  • Worms

    Parce que la peur règne

    Préférer les agents de la médiocrité maîtrisable

    Aux ceusses

         Avec qualités

    Ces gens qui nous dépassent,

    Échappent,

    Dessinent d’autres futurs

    Incertains

         Riches peut-être

    Mais on ne voudrait pas être déconcerté

    Gaspillage

    Du grand du beau

    Bannissement

    Des catalyseurs

    Des demains imprévus en advenance

    Devenus tabous

    Comme obscènes

    Rester riquiquis

    Tout cramponnés

    Tétanisés

    Comme

    Des pole dancers

    Coincés sur leur barre

    Obstinés à y crawler

    Plutôt que de s’envoler

    Fuera fuera

    Ce qui dépasse des cases

    Bave sur les lignes

    Pour se répandre dans les marges

    Et secouer le cadre

    De telle manière que le strip

    Change de beat

    Et déraille

    Vers d’autres possibles

    Disparition

    Du lâcher prise aux antipodes

    Les épousailles avec le vent

    Et le mouvement

    Annulées

    Et nous

    On rampe on rampe

    Avalant

    petit pois

    de jour

    après

    petit pois

    de jour

    Comme les vermisseaux perdus

         Des labyrinthes téléphoniques

          À vocation distractrice

    ©️ Myosotis D’Armanges

    Texte non libre de droits

    Classic 90s RM Nimbus Computer Game Worm – Play it online! – YouTube
    https://youtu.be/LYkWNCDx7oM?si=c9oDo18UGZLuXcfB
  • Diamant de dureté

    Tout s’érode

    Ou se brise

    Pas le jugement

    Qui

    Comme un coup porté

    Définit l’avant

    Et l’après

    La puissance de mort

    Du jugement édicté

    De classification des êtres

    Réside dans son effet

    Inaltérable

    Irrévocable

    Evaporée

    Aussitôt qu’énoncée

    La sentence déshumanisante

    Comme un coup porté

    Coupe le temps en deux

    Le cisaille

    Ainsi que le beurre par son fil

    L’arrêt

    Diamant de dureté

    Fige le vivant

    Établit une fois pour toutes

    Ce qui est 

    Et n’est pas

    De là plus rien ne bouge

    Tout est révolu

    Comme par le trépas

    ©️ Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Le Sacrifice d’Isaac (Le Caravage, Florence)
  • Bulles pop

    Au parc d’attraction

    Comme dans les bulles pop

    D’un coca on the rocks

    Chaque famille

    Enclose

    En sa cellule de trip

    Étanche à autrui

    Profite

    Sur son rail

    Des voitures volantes

    Des montagnes russes

    Fend marées humaines

    Et fumées de graillon,

    Patiente dans les nasses

    De queues sans fin

    Où les enfants

    Roulent d’ennui

    Dans les cris

    Et l’oubli

    De madame monsieur à côté,

    Leur écrasent l’orteil

    Et leur percent le tympan

    Sous l’œil indolent

    De papa maman

    Indifférents

    Au tragique

    Sort

    Pédestre

    Et auriculaire

    Des autres,

    Ces compagnons de trépignation,

    Voisins transparents

    Comme des murs

    Épais

    Qui n’ont

    Ni bouches ni oreilles

    Ni esprit

    Ni cœur.

    Au parc d’attraction.

    ©️ Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Attraction du Manège des tasses, à Disneyland Paris, ©️ Myosotis D’Armanges

  • Les milliards de secondes

    La Presse hydraulique utilisée comme moyen de torture
    L’enfant de cinq ans enfermé dans la geôle cauchemardesque
    Les rangées de petits corps gazés

    Sont placardés partout
    En une frénésie collective
    Pour bloquer les cerveaux
    Au moyen de la sidération
    Et oublier
    Que leur tortionnaire
    Était
    À six poignées de main
    De chacun
    D’entre
    Nous aussi

    Et qu’il a
    Respiré
    Le même air
    Empuanti
    De sa présence
    Que certains députés
    Et acteurs vrombissants
    De notre scène
    Nationale
    Lesquels
           – Hâtifs dans leur
          Volonté
          Servile
          De se Soumettre
          À la répugnante
          Abjection
          De l’exercice
          D’une violence
          Révulsante  -,
    Se sont dépêchés
    D’aller baiser
    La main
    Du boucher de Damas
    Tout confis
         Dans leurs
         Certitudes
         Et ficelés
         Dans leurs costumes
         Étriqués.


    Revenus en France
    Pour y souffler leurs miasmes putrides
    Sur le cours des débats
    De politique mondiale
    Ils ont
    Bien longtemps

    Été
    Éhontés

    Et pendant
    Que les doigts étaient découpés
    Et les esprits broyés,
    La souffrance hurlante
    Était couverte
    Par des conversations de plateaux,
    Des échanges de salon
    Pontifiants sur le
    “réalisme”
    Qui nous pousse bien
    N’est-ce pas
    À banaliser
          – Ma bonne dame
          Mon bon monsieur –
    Assad
    Et à compter sur son
    Jumeaux
    En atrocités
          – Poutine –
    Pour
    “Régler
    Ça”

    Mais
    Nos esprits
    Frénétiquement mobilisés
    Dans la convocation
    D’images
    De la trop humaine barbarie
    Pour, ce faisant,
    En neutraliser l’horreur
        – Comme une bouche
         S’emploierait à mâchonner
         Des cailloux d’uranium basaltique
         Pour ne pas avoir à
         Tenter
         De les digérer –
    Nos cerveaux,
    Et leurs
    Petites
    Manipulations
    À usage interne, 
    Sont impuissants
    À abolir
    La réalité
    Des mers
    Du sang versé

    Rien jamais
    N’effacera
    Les faits
    De crimes contre
    L’Humanité
    D’Assad
    Ni
    Notre effarante
    Culpabilité
    Du fait de l’abandon
    De nos sœurs et frères humains
    Syriens
    Déshumanisés
    Oubliés
    Comme des rebuts
    Sur un tas d’ordures

    Cela fait très longtemps que nous savons
    Comme à Gaza
    Des mois
    Des années
    L’éternité de chaque minute en enfer
    Où nous tolérons
    Que se démultiplient les milliards de secondes d’infinies souffrances

    ©️ Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Zoran Music