S’installe sur le visage Un bouton de sourire Poussé en graine
À la sève de chagrin Et qui peine à s’épanouir.
Masque coincé, simiesque, Il est une écorce Humainestre Sous laquelle trépigne Le magma D’émotions Violentes Comme la découpe acérée Des roches de basalt Affûtées.
A la surface, Les moutons paissent et l’herbe est verte.
Elle s’est enfouie dans la vase Que barattent les algues Et que les bêtes fouaillent.
Par opération alchimique Cette aiguille de pin De concrétions épaissie Est devenue épée Toute de métaux lardée.
Une fois tirée de l’onde Le pouvoir de sa lame Serait tel Qu’elle pourrait De la grande tapisserie Trancher Ceux des fils Qui tissent Les tristes avenirs.
Le maître et possesseur De la glorieuse flamberge À l’œuvre et tranchant Épargnerait cependant Les futurs prometteurs, Abolirait le temps, Ouvrant ainsi Une éternité brodée De beaux instants dorés.
Myosotis D’Armanges
(Texte et image non libres de droits)
Petite partie d’un étang d’eau claire, avec des pierres moussues, quelques plantes, des reflets de soleil et de petites tortues, qui nagent, et dont on voit l’ombre se découper sur le fond.
Collage avec la tête de l’actrice Viola Davis, parsemé des œuvres d’art de différents autres artistes dont Olga de Amaral, une photographie utilisée comme fond et issue de la communication du 104, ainsi qu’un buste créé par un artiste contemporain non identifié qui a superposé deux styles de sculpture d’époques différentes en une seule œuvre.
Nous sommes la magnanerie, Nos vers Mangent le mûrier, Secrètent le fil Qui formera le brocart Maturé En papier de soi, Minces feuilles du calendrier Assemblées en un livre, À chacun unique.
Ses pages se tournent, Disparaissent, Ou renaissent.
Écrits, images, mouvements, D’une clarté aveuglante, Illisibles, Forment le manuscrit singulier Passé au crible de tant de regards, Consolidé par des amours rares, Parfois déchiré.
Nous sommes parcourus Du dedans du dehors.
Les voix qui nous lisent Nous chantent et nous crient, Nous murmurent, S’élèvent et se mêlent.
C’est une symphonie. Qui jointe à l’ondée, Se trouve modulée Des ondes vibratoires D’un soleil qui la croise.
Elle se détache, L’air tremble, Nous sommes
Myosotis D’Armanges
(Texte et image non libres de droits)
Œuvre d’Olga de Amaral, exposée en 2025 à la Fondation Cartier, à Paris.
Racines plongées dans la faille La fleur Pousse sa corolle Entre le mur Et la peau du ciel Tournée vers le soleil Son éclosion Est avant-coureuse D’une épidémie De myosotis foisonnants Puis une jungle Aux verts sauvages Envahira tout l’espace Et nous exulterons
Sacrifions Aux héritiers et leurs clans Les membres dépecés Du grand corps À la renverse De la Sociale Et des services publics Concus pour Tous Nous aider Mais aujourd’hui Délibérément Appauvris Et transformés aussi En instruments De flicage et de rétorsion Du Peuple souverain Traité en Assemblée de Citoyens Matés Servons nos vies Nos heures Notre santé À ces ultra-nantis Par accident Qui se racontent La fable du mérite Rongeons notre patte Mangeons-nous le poing Soyons libéraux Ne sont-ils pas comme nous ? Et puisque Nous sommes méritants À nous frayer un chemin Dans cette vie De combat De chiens Peut-être le sont-ils Aussi ? Sans doute également Une bonne étoile Se lèvera-t’elle Sur les nôtres Nous établissant Dans un Statut d’exceptionnels Privilégiés – c’est possible, c’est possible ! – Et peut-être Serons-nous EUX, Un jour! Sacrifions-leur donc Apportons Yeux fermés Bouche cousue Les offrandes Tout en Nous enfonçant Sans cesse plus avant Dans le piège D’où nous retirer Nous mutilera À chaque pas Davantage Et qu’eux Satisferont Leurs pulsions Primaires et primitives Aisément Des plus coûteuses Aux plus basiques
Myosotis D’Armanges
(Texte et image non libres de droits)
Jusepe De Ribera, Le Martyre de saint Barthélemy, 1644, Exposé au Grand Palais, 2025.