• Intrigues

    Du miel des silences de la flatterie

    De l’effacement de l’ombre

    Jamais de traces écrites 

    Ou seulement pour l’anecdotique

    N’être comptable que du strict minimum

    Ballet organisé sur des rails d’aciers en formation réticulaire 

    Rires forcés coordonnés à gorges déployées

       – Et l’on se sent spirituel-le – 

    Coordination des rencontres 

    Hasard organisé des sollicitations

    Congruences préméditées 

    Valse des esquives, des provocations et des estoquades

    Grands yeux ouverts et innocents

    Sourcils froncés 

    Menaces, compliments, invites sous formes de jeux de mot

    Elégance et grossièreté d’un même tenant

    Plouqueries et défauts de caractère passés au tamis du code partagé

    Politique et effets de cour 



    ©️ Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Promenade de Louis XIV dans les jardins de Versailles. Peinture de Etienne Allegrain, 1688, musée du château © AFP – Photo Josse / Leemage

  • Qui rend-il compte?


    Ces personnes en charge
    Ce n’est pas tant qu’elles ne sont pas là
    Elles sont bien à un endroit
    Mais elles ne couvrent pas tout le spectre
    Désertent une partie du périmètre
    Qu’elles ont en garde
    L’abandonnent
    À d’autres



    Délaissent
    L’exercice
    De la souveraineté
    Reçue
    En délégation
    Sur le domaine
    Qui leur échoit


    Oui le travail est fait
    Et divinement bien encore !
    Une œuvre d’art
    Non pas inutile
    Ce serait moindre mal…
    Mais dévastatrice
    Car ce beau produit
    Est le fruit de la désertion
    Par les distingués
    De leurs postes
    D’unicités en chef

    Il porte la marque
    D’autres valeureux
    Précieux
    Rigoureux
    Techniques
    Ambitieux
    Qui ne sont pas
    Eux
    Ceux
    Que l’on a Choisis.

    Non !



    Abandonné
    Leur leadership
    De cohérence
    Par les ceusses
    Récipiendaires
    Du fardeau
    Qui
    N’assument pas
    Leurs responsabilités
    Ils les préfèrent
    Diluées
    Divisées
    Déléguées
    Découpées
    À l’infini
    Mises en tranches microscopiques
    Excellisées à l’infini
    À n’en n’être plus qu’un brouillard
    De vagues imputations



    Ces individualités-là
    Alors elles mentent
    Sans même le savoir
    Disent qu’elles sont
    D’un quelque part
    Sans même réaliser
    Qu’elles n’habitent
    Leur territoire
    Que très partiellement



    Mais les gens eux le voient
    Ils ne perçoivent que cela
    Ce flou
    Ce brouillard
    Et cela les indiffère
    Que les meilleurs travaillent
    Perdus dans leurs tableaux
    Tout subdivisés
    Et bien classés


    Ces gens veulent un retour
    A réalité
    Avoir ce à quoi ils ont acquiescé
    Pas plus
    Pas moins
    Pas mieux


    A jouer
    Eternellement
    A doubler la réalité
    En faisant du théâtre d’ombres
    Se focalisant sur lui
    Perdant de vue les attendus
    Les objectifs
    La source même
    Du pouvoir
    On trahit la chair palpitante
    Le temps qui passe
    Les espoirs et les craintes
    Les projets
    Tout



    Et l’on choit

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Germana Volpe (https://wp.me/p27IA0-nK)
  • La Tour Mégarde

    Dans la tour négligée

    Il y a le pas de ronde

    Le bras s’étiole

    qui lève la lanterne

    Ténus

    Les rais de lumière

    Aux poussières dansantes

    Les murs s’épaississent

    Les meurtrières

    S’étrécissent

    L’humidité même se rétracte

    S’effacent,

    Telluriques,

    Les palpitations

    Prennent le champ

    Le silence stérile

    Et les espaces morts

    Sous le linteau

    Plus de tête ne passe

    Dessus lui

    Écrit :

    « Une porte ouverte

    Toutes le sont

    Qui entre ici ?

    Dans quel but

    Qui salue ?

    Pures intentions ? »

    Nul ne sut

    Le noir crû

    Au cœur

    Du bâtiment

    L’oubli

    Les bruits

    Tout se perdit

    Dans le grand blanc.

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Pierre Soulages
  • Torse-poils

    Torses nus en sueur

    Sur scène

    Des hommes

    S’agitent

    Mesmérisent

    Les frères mâles

    Dans la foule

    Qui les désirent

    Et se veulent

    Eux

    La transe

    Corps battant même rythme

    Punk Rock Hard

    Femmes out

    Regardent dans la faim

    De faire siennes

    Ce qu’elles voient

    Comment s’identifier

    Être eux

    Et seins sortis

    Ainsi que nombril épaules ventre

    Hurler gesticuler enfin

    Elles

    sur scène

    Ensemble

    Projetées

    Non plus rivales

    D’appropriation 

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Photo Le Musicodrome

  • Sur la grille

    Elle replace le délicat couvercle de la théière

    Il accomode l’assiette pour sa mère

    Elle réussit à trier ses papiers

    Il hésite entre deux pulls auxquels il est attaché

    Eux

    Gens du quotidien

    Par hasard géographique

    Vivent

    Là-bas

    Sur la grille

    Des déplacements

    Et mouvements

    Tactiques

    Prévus

    Par les têtes

    Crânes d’œuf

    Pros

    De géométrie

    Dans l’espace

    Qu’ils mesurent

    À l’aune de règles

    D’acier

    Et découpent

    Avec leurs ciseaux titanesques

    A en devenir moléculaires

    Instruments

    Si démesurés

    Tranchant aussi bien

    Giga que Nano

    La pensée mathématique

    Des serviteurs des Imperator

    met en mouvement

    Les milliards de bras

    De métal de feu

    De pierre de souffle

    De chair

    Les zélotes du calcul

    Emmanché dans le politique

    Autorisent

    Par leur Œuvre

    Et toutes leurs machines

    Et tous leurs mécanismes

    Et toute leur logistique

    Que s’abatte

    Le maillage en lames de rasoir

    Abrasif comme l’acide

    Acéré

    Sur les personnes

    Au pot de porcelaine

    Au chandail tricoté

    Et

    Le cuir des cheveux 

    Le Front le nez les lunettes

    Le cou les épaules le torse

    Le bassin les jambes les pieds

    Sont coupés

    Ainsi que

    La laine du gilet jaune

    Le velours cotelé du pantalon 

    Le cuir marron de la chaussure 

    Le coton du col de chemise

    La basket

    Les petites mains accrochées au chat

    Avant tout cela

    La fenêtre d’Overton

    Déshumanisation animalisation

    A ouvert celle des tirs.

    Coupables par destination

    Les stocks de plans

    Où les têtes la jouent à l’envers de l’endroit de l’envers.

    Ils recelaient celui qui

    S’inscrirait parfaitement

    Sur la ligne

    Stratégique, idéologique,

    Nihiliste

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Cube (film, 1997)
    film de Vincenzo Natali
  • Petites aiguilles

    Petites aiguilles

    Fichées dans le sol poussiéreux

    La tête vide

    Au milieu des gravats

    Soulevés par l’effondrement

    Dantesque

    Des idoles institutionnelles

    Nous attendons le fil

    Qui traversera le chas

    La seule richesse

    L’unique espoir

    Demeurant

    Le tissage

    La tapisserie

    Chatoyante et nouvelle

    De l’histoire humaine

    Intimement embrassée

    Au règne du vivant

    Ce qui nous lie

    Nous rassemble à nouveau

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    JEAN LURÇAT (1892-1966) & GISÈLE BRIVET (ATELIER)
    Le mangeur d’ombres
  • La Pleureuse

    Tête renversée sur la colonne du cou

    Sa bouche descellée

    Donne voie

    Au Pilier vibratoire

    Du cri planté

    Dans le Gosier

    De la pantelante

    Humanité.

    Ouvert,

    L’accès

    Au gisement

    De l’universel chagrin

    Aux dissociés

    Claquemurés

    Dans le désert blanc

    Des insensibilisés.

    La pleureuse officie

    Pour les mithridatisés.

    Les pleurs chauds

    Emportent

    Les parties mortes

    De l’être ici resté

    Pour que tronqué mais vivant,

    Il expérimente

    Le paradoxe

    D’un nouveau printemps.

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Des « pleureuses » et « pleureurs » commémorent la mort de Shakespeare à Gdansk, en Pologne, le 23 avril 2016 © Piotr Wittman, Piotr Wittman/AFP

  • Îles Paradis

    L’immobilité rompue

    Libère l’Errante

    Sur les grèves trompeuses de

    La mer des aigreurs :

    Au sucre, au chaud,

    L’acide

    Dispute

    Le corps l’âme de

    Celle qui est

    Vive, encore.

    Il y a loin au rêve,

    Rires et miels,

    Mais

    Bientôt

    – quand même –

    En ces flots désolés,

    L’avènement joyeux

    Des îles Paradis.

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    David Hockney, The Island, 1971.

  • Petits pyjamas

    Manches de pyjamas

    Par lesquelles se tiennent

    Les uns les autres

    Membranes

    Tissées

    D’us de coutumes.

    Palimpseste des Alliances

    Contractées

    Sous de vastes murs

    Grimés patrimoine

    De la populace

    Qui jadis éventra

    Par le mérite

    Des lignées

    L’entre-soi.

    Quel mirage désormais

    Pour déchirer le cocon

    Amener le triomphe

    Dans les cercles du Siècle

    Du proscrit

    De la perdue

    Du sans code sans bien

    Des Riens souverains ?

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droit)

    Jean de Brunhoff, « Babar ».

  • Quoi

    On vous frappe on vous tape

    Mais cessez de hurler

    Votre geignement criard

    Vrille les oreilles

    Votre égosillement de crécelles

    Victimes, victimes

          Cessez, cessez donc !

    Quoi vous êtes sous la presse hydraulique

    Quoi vous êtes sous le burin

    Quoi on vous a coincées là

    Quoi vous criez

    Quoi votre plainte

    Ressemble à un dégueulis visqueux

    Sortant d’un vieux tube

    Sous la botte

    Quoi c’est vous le tube

    Quoi c’est mon pieds

    Quoi quoi quoi

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droit)

    Chaïm Soutine, La Raie, Musée Calvet