• Petites aiguilles

    Petites aiguilles

    Fichées dans le sol poussiéreux

    La tête vide

    Au milieu des gravats

    Soulevés par l’effondrement

    Dantesque

    Des idoles institutionnelles

    Nous attendons le fil

    Qui traversera le chas

    La seule richesse

    L’unique espoir

    Demeurant

    Le tissage

    La tapisserie

    Chatoyante et nouvelle

    De l’histoire humaine

    Intimement embrassée

    Au règne du vivant

    Ce qui nous lie

    Nous rassemble à nouveau

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    JEAN LURÇAT (1892-1966) & GISÈLE BRIVET (ATELIER)
    Le mangeur d’ombres
  • La Pleureuse

    Tête renversée sur la colonne du cou

    Sa bouche descellée

    Donne voie

    Au Pilier vibratoire

    Du cri planté

    Dans le Gosier

    De la pantelante

    Humanité.

    Ouvert,

    L’accès

    Au gisement

    De l’universel chagrin

    Aux dissociés

    Claquemurés

    Dans le désert blanc

    Des insensibilisés.

    La pleureuse officie

    Pour les mithridatisés.

    Les pleurs chauds

    Emportent

    Les parties mortes

    De l’être ici resté

    Pour que tronqué mais vivant,

    Il expérimente

    Le paradoxe

    D’un nouveau printemps.

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    Des « pleureuses » et « pleureurs » commémorent la mort de Shakespeare à Gdansk, en Pologne, le 23 avril 2016 © Piotr Wittman, Piotr Wittman/AFP

  • Îles Paradis

    L’immobilité rompue

    Libère l’Errante

    Sur les grèves trompeuses de

    La mer des aigreurs :

    Au sucre, au chaud,

    L’acide

    Dispute

    Le corps l’âme de

    Celle qui est

    Vive, encore.

    Il y a loin au rêve,

    Rires et miels,

    Mais

    Bientôt

    – quand même –

    En ces flots désolés,

    L’avènement joyeux

    Des îles Paradis.

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droits)

    David Hockney, The Island, 1971.

  • Petits pyjamas

    Manches de pyjamas

    Par lesquelles se tiennent

    Les uns les autres

    Membranes

    Tissées

    D’us de coutumes.

    Palimpseste des Alliances

    Contractées

    Sous de vastes murs

    Grimés patrimoine

    De la populace

    Qui jadis éventra

    Par le mérite

    Des lignées

    L’entre-soi.

    Quel mirage désormais

    Pour déchirer le cocon

    Amener le triomphe

    Dans les cercles du Siècle

    Du proscrit

    De la perdue

    Du sans code sans bien

    Des Riens souverains ?

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droit)

    Jean de Brunhoff, « Babar ».

  • Quoi

    On vous frappe on vous tape

    Mais cessez de hurler

    Votre geignement criard

    Vrille les oreilles

    Votre égosillement de crécelles

    Victimes, victimes

          Cessez, cessez donc !

    Quoi vous êtes sous la presse hydraulique

    Quoi vous êtes sous le burin

    Quoi on vous a coincées là

    Quoi vous criez

    Quoi votre plainte

    Ressemble à un dégueulis visqueux

    Sortant d’un vieux tube

    Sous la botte

    Quoi c’est vous le tube

    Quoi c’est mon pieds

    Quoi quoi quoi

    Myosotis D’Armanges

    (Texte non libre de droit)

    Chaïm Soutine, La Raie, Musée Calvet

  • Coqs En Pâte et Muses Décharnées

    Sur les plateaux médiatiques

    Squattés par l’idiocratie droitière

    Une femme parfois

    Émaille le chapelet

    Des chroniqueurs

    Bon teint et propres sur eux

    Elle contraste échevelée

    Le corps pétri du tourment

    D’avoir été muse

    Croquée consommée

    Objet de fixations d’abus

    Là pour tonner

    Son droit à exister

    Et déroule une pensée

    Trop souvent frelatée

    Mais courageuse quand même

    De porter son stigmate

    D’être femme

    Au milieu

    Des fort contents d’eux

    Qui ont lutté

    Mais pas pour la légitimité

    D’être

    De leur sexe

    Myosotis D’Armanges

    Edgar Degas, « Répétition d’un ballet sur la scène »

    (Photo et texte non libres de droit)

  • 06/04/2021

    les gens ne sont pas solides
    ils sont poreux et malléables
    agrippés les uns aux autres
    ils dérivent ensemble sans ancrage
    dans l’oubli de ce qui les a constitués
    de leur colonne vertébrale
    mais cramponnés à leurs affects, us et coutumes
    qui ne cessent de muter et de se transmuter
    et l’on arrive loin loin loin des acquis de l’humanisme
    qui ayant disparu en esprit
    est confondu avec le cadavre stérile
    des institutions et vocabulaire
    qui le singent
    mais en ont perdu l’âme
    et il est haï dans un triste contresens
    victime d’une haine usurpée
    même pas fruit
    d’une métonymie

    Myosotis D’Armanges

    (Photo et texte non libres de droit)