Voiles ondoyants sur les jours,
Les mots quand ils ne veulent rien dire,
Montés les uns sur les autres
Sans mortier pour les lier,
Ont une grâce perverse.
Empilés
Ils forment de
Très grandes tours vides,
S’élèvent haut,
Puis s’effondrent
Quand le Vent
Les ébranlent
Aux heures où,
Vainement,
Eole
Fait la chasse
Au sens.
Ses bourrasques
Débusquent
Les loghorrées
Que nul ciment
Ne fortifie
– Certains murs résistent,
Jointoyés qu’ils sont
Par un peu de
Vérité.
Le plus souvent pourtant
Les tours s’affaissent et
Le feux prend
Zéphyr ensuite,
Attisant
La défiance,
En tout lieu
Du doute
Porte les braises.
Poutres et planches,
Calcinés, chutent.
Et vous avec,
Si vous n’y
Prenez garde,
Quand
Vous empilez
Phrases, paragraphes, chiffres.
Ou quand
Vous croyez
D’un chant trompeur
Les mots creux.
Pour peu que
Vous ayez eu
La témérité
De saisir
La rampe
D’air scintillant,
Qui promet de vous mener
Haut, trés haut,
Dans les aires célestes :
Souvent
Vous
Chutez.
Cramponnés aux rêves et espoirs
Nous tombons
En pluies
De bris
De verre
Au sol,
Tous,
Qui sommes
Des milliers
De millions
De milliards.
Comme les mots.
Mais
Eux
Sont ceux
Que la chute
N’immobilise
Pas.
Déjà,
Voyez,
Ils recommencent !
À nouveau
Ils
Se réunissent,
Masques charmants
Mais
Défaillants
D’une maladie de l’âme
Intempestive,
Monomanie fébrile,
Qui coalise structures verbales et lexicales
À tout bout de champ.
Faire de l’air
Édifier
Dans le ciel
Palais et châteaux
Aux murs irisés
De bulles de savon.
Les voir chuter,
Recommencer.
Myosotis D’Armanges
(Texte et image non libres de droits)

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