Gengis Hugues ou la contre-malédiction

La chevauchée effrénée en solitaire
Les sabots durs qui martèlent le sol
Muscles et tendons d’acier
Une course vers le précipice,
Un horizon qui s’éloigne sans cesse ,
Défi furieux à la mort, aux éléments
Jusqu’à ce que –  malgré tout –
Survienne la chute,
Que tout se brise,
Qu’au fond du ravin
En contrebas
Gisent le cavalier et sa monture
Éparpillés en éclats de verre
Où se voit encore le reflet
D’un petit enfant
Terrorisé

Débris de silicates alcalins
Aux bords affutés desquels
Demeurent
Accrochées
Les fibres d’amour
Des grands filets
Tissés
Par les Amants
Composant
La horde qui suivait
– Quand même –
L’homme seul.

Cette troupe a
Dans le désordre
Oeuvré
En vain
Pour arrêter
La folle course suicidaire
De celui
Qui n’eut
Jamais
La possibilité
De se reposer
En la foi
De l’amour
Universel
Et qui, des efforts de sa meute,
Se riait,
Refusant
De se trouver
Empêché
Dans des liens
Qui freineraient
Sa poursuite
Impie
D’un soleil
À l’insensée morsure

Gisent donc désormais au sol,
Soudés aux fragments biseautés
Éparpillés
En contrebas,
Les lambeaux des rets,
Les liens d’amour
Vivants encore,
Comme des tentacules ,
Bien tangibles,
Toujours vifs et rougeoyants
Malgré la déchirure,
Comme un rire
Triomphant
Et solaire,
Que jamais rien
N’abattrait

Et animés comme
Des membres
Ils rattrapent
Le fantôme de l’enfant triste,
Captif des surfaces lisses
Démultipliées par la brisure,
Le raniment –
Et sur un plan autre,
Le rendent
À tout ce que sa vie
Aurait pu être.

Le seuil est franchi
Il a trépassé.

C’est un souvenir à présent
Qui est évoqué
Quand on parle de lui
Durant la veillée
Funèbre
On évoque
Le passage qu’il forçait
Jadis au galop
À travers les ronces,
Entraînant sa horde
Composée de jeunes
Et de vieux –
Et c’est dans leurs mémoires désormais
Que les épines
Griffent encore
Leurs peaux,
À eux qui le suivaient,
Entraînés par la passion
Hypnotique
Qu’il leur inspirait,
Fascinés
Par sa grandeur
À lui –

– Lui qui veillait,
Jalousement,
Sur
Son troupeau.

On se souvient:
Il s’assurait de
La perpétuation
De la domination
Qu’il exerçait.
Sur les gens de son cheptel
Et corrigeait
Mesquinement les uns,
Flattait les autres,
Sachant pertinemment où
Il souhaitait
Les emmener :
Avec lui.

Et sans en avoir l’air
Il leur faisait arpenter
L’échiquier
Qu’il avait seul
En tête

Aujourd’hui il est mort
Ou du moins il l’était
Car son embardée démente
S’achève
Dans
La chute qui
N’est qu’une épiphanie,
Un cauchemar
Qui l’a saisi
De nuit,
Et figé
Lui, le cavalier,
Dans son échappée morbide.

L’un des lui
Est décédé :
D’avoir vu son image
En rêve
Il est libre désormais
D’être autre.

C’est une césure
A laquelle
Il peut rendre grâce :
Le rythme change,
La chanson également.

Il veut maintenant
Que la lumière joue
Avec les autres facettes
De son être.
Il descend de sa monture
La laisse paisser,
Creuse des fondations,
Des dispositifs d’évacuation d’eau,
Et monte des murs
Pour encadrer
Les fenêtres et
Les portes
De la désormais grande demeure
Ouverte,
Protectrice.

Parfois bien sûr
Le cavalier revient
Et
Avec lui-même
Il mène
Une lutte féconde.

Et quand vient la fin
La terre trouve
En les débris du jadis cavalier
Non le sable fondu
Qui l’eût déchirée
De ses arrêtes tranchantes
Mais un legs
Pour l’aider
À ses fruits porter.








Myosotis D’Armanges

Texte non libre de droits

Rocher de lettré de forme tourmentée, percé. Sur son socle – https://www.rossini.fr/catalogue/94366?

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